Ma première descente en ski de pente raide, c’était le couloir Spencer à l’Aiguille de Blaitière en 1967. J’ai adoré prendre ces risques. Mon père m’a donné cette confiance. Quand j’avais dix ans, il me laissait seul avec nos veaux et nos génisses au Col de la Forclaz pendant un mois. Il venait me voir une fois par semaine. Il m’avait recommandé de ne pas descendre le troupeau au ruisseau, de peur que les bêtes ne tombent. Il fallait que je remonte l’eau à pied. Je ne l’ai pas écouté. Jour après jour, j’ai sélectionné les bêtes qui étaient capables de descendre et celles qui ne le pouvaient pas et je prenais grand soin, à chaque fois, d’effacer les traces de pas sur le sentier qui descendait au ruisseau, pour ne pas me faire gronder. Un jour, il est venu par surprise et je n’ai pas eu le temps de lui cacher mon « trafic ». Il ne m’a fait pourtant aucun reproche. Il avait vu que j’avais pris mon rôle au sérieux et mesuré les risques. Je n’en avais fait qu’à ma tête mais j’avais géré la situation. Il a salué cette attitude.